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| Qu’entend-on par design ? |
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Le mot design, tel qu’il est employé aujourd’hui, renvoie à une réalité plutôt floue. Des expressions telles que « c’est design » ou « ça fait design » ont des significations variables selon les individus : moderne, mode, stylé, aux lignes épurées, affichant une recherche d’originalité dans les formes… Elles sous-entendent, dans tous les cas, que le design porterait essentiellement sur l’apparence, l’habillage de l’objet. Elles le résument implicitement à une intervention visible, voire spectaculaire, sur les seuls aspects formels d’un objet.
Si l’on demande maintenant à des professionnels du design (enseignants, historiens…) une définition du mot, on obtient des réponses différentes, mais dans toutes on perçoit que le design est au cœur d’enjeux allant bien au-delà de la forme et de l’esthétique. Des enjeux d’ordre technique, social, culturel, économique, environnemental, etc
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Le design : bien plus qu’une affaire de forme
Voici quelques propositions de définitions pour le mot design, glanées au fil de lectures et d’entretiens avec des professionnels de la question :
L’art de concevoir des objets de la vie quotidienne
Une démarche globale qui place l’utilisateur au centre de ses préoccupations.
La recherche du meilleur compromis entre une fonction et une forme.
L’articulation entre un dessin et un dessein, entre un projet et une forme.
L’art de lier une création artistique et une création qui irait vers l’utile.
La recherche d’un concept, puis de la forme minimale qui puisse l’emballer.
Une discipline visant à harmoniser l’environnement humain, depuis la conception des objets usuels jusqu’à l’urbanisme.
Une démarche créative méthodique qui peut être généralisée à tous les problèmes de conception.
Le design caractérise la part de création qui, dans la conception d’un objet, assure la cohérence entre les impératifs techniques de fabrication, la structure interne de l’objet, sa valeur d’utilisation et son aspect.
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 Diamond chair en treillis d’acier d’Harry Bertoia (1952)
Chaque fil d’acier est déformé et soudé à la main, selon un gabarit précis. C’est un objet marquant car :
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il utilise les nouvelles technologies de l’époque (soudure par points).
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il exploite à fond les possibilités de l’acier : il n’aurait pu être réalisé dans un autre matériau.
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il résume l’essence de l’acier : aérien, léger, mais solide en opposition avec les stéréotypes sur ce matériau.c’est un objet très technique à réaliser mais cette difficulté n’est pas visible : l’objet final se caractérise par sa fluidité, son évidence.
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Design : héritage du latin ou de l’anglo-saxon ?
Le terme provient sans doute de l’ancien français « dessigner » ou « desseigner » qui signifiait montrer, indiquer, dessiner. Verbes qui eux-mêmes descendent du latin designare (marquer, dessiner, tracer, mais aussi indiquer, montrer, ordonner, arranger, disposer). Design réunit les termes dessiner et désigner. Cela lui confère un double sens : l’un lié au dessin, l’autre à l’intention. Tout acte de design peut se comprendre comme l’articulation d’un dessin et d’un dessein, d’une forme et d’une finalité.
Mais c’est en référence à un usage anglo-saxon que le terme design s’est imposé en France, dans les années 60. Il y prend la relève de « l’esthétique industrielle » qui concerne la production en série des objets de consommation.
Design industriel et design de galerie : deux logiques opposées
Le design industriel est souvent opposé au design de création, dit aussi design de galerie.
Le designer industriel cherche à satisfaire l’usager. Sa création obéit à des contraintes bien définies et vise à se mettre au service des autres. Le designer industriel conçoit pour une production de série. Cela le conduit à une approche globale, « universelle » de l’utilisateur.
Le design de création s’apparente davantage à une démarche artistique. Il vise à satisfaire le désir du créateur. Il est guidé par un élan créatif individuel, en principe déconnecté de toute préoccupation d’ergonomie, de fonctionnalité, de reproductibilité, d’économie… Le designer de création conçoit des pièces uniques, et en cela est plus proche de l’artisanat que de l’industrie.
Finalement, nous nous en tiendrons à la définition de Raymond Guidot : « La pièce unique n’entre dans le champ du design que si elle est un prototype destiné à une production de série, ou que si elle n’a pu être conçue et réalisée que par les moyens mécaniques, voire informatiques, propres à l’industrie ».
Le travail du designer : réfléchir à une fonction plus qu’à un objet
Un designer ne va pas travailler, par exemple, sur une « chaise », mais sur le thème de l’assise, ce qui élargit son champ d’investigation. Pour trouver un concept d’objet, le designer réfléchit à des scenari de vie, imagine comment rendre à l’utilisateur un service qu’il n’avait pas avant.
Le designer doit pouvoir argumenter, justifier ses choix : de formes, de proportions, d’aspects de surface, de couleurs… Car l’objet remplit une fonction, doit répondre à des impératifs techniques, économiques, ergonomiques, esthétiques, environnementaux, culturels, éthiques… Et le designer n’est pas seul dans le processus de création : il dialogue avec les autres composantes de l’entreprise impliquées (sur le plan technique et économique) dans la conception.
Le design : une des trois composantes de la création industrielle
Le designer est l’une des trois composantes de la création industrielle, avec l’ingénieur et le marketeur (marketing). Il se place du point de vue de l’humain, regarde le service rendu par le produit, sa facilité d’utilisation et, pourquoi pas, sa séduction. L’ingénieur regarde l’aspect technologique, la faisabilité industrielle, l’adéquation du produit à un cahier des charges technique, la reproductibilité, la sécurité… Le marketeur s’assure qu’il y a un marché pour le produit, des débouchés économiques, une cible, qu’il caractérise le plus précisément possible.
Durant toute la conception d’un produit, ces trois composantes interagissent.
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Le profil du designer : multi-compétences et visionnaire
Le designer cherche à comprendre et à conceptualiser les nouveaux modes de vie… ou à les anticiper. Sociologue, psychologue, il doit aussi être technicien, suivre l’évolution des procédés industriels. Car c’est de là, plus que des formes, que naît bien souvent la nouveauté. Mais à la différence des techniciens, les designers sont à l’affût du détournement. Ils cherchent à exploiter pleinement les possibilités offertes par un nouveau matériau ou une nouvelle technologie. Les nouvelles techniques d’emboutissage de l’acier apparues avec le développement de l’aérodynamisme, par exemple, initialement développées pour l’automobile, ont été source d’inspiration dans d’autres domaines. Cela a donné notamment la poissonnière (plat à poisson) du designer italien Roberto Sambonet (1955), spécialiste des arts de la table, réalisée à partir d’une matrice en caoutchouc. Ou encore les fers à repasser aérodynamiques.
Jusqu’à la fin du 20ème siècle, les designers étaient ingénieurs, architectes d’intérieur, créateurs de mobilier. Le designer du 21ème siècle ne peut plus se passer d’une culture scientifique approfondie, nourrie des sciences cognitives, de la biologie et de l’informatique.
Aujourd’hui, tout passe par l’ordinateur. On dessine l’objet en volume sur l’écran et c’est ce dessin qui sera directement relié aux machines à commandes numériques qui élaboreront l’objet.
Designers indépendants ou intégrés ? Les deux mon général
Les designers intégrés travaillent sur une gamme de produits restreinte, mais de manière plus approfondie, plus poussée. Ils sont en relation étroite avec le chef de produit, l’ingénieur développement et la communication. Ils sont en prise avec les réalités et contraintes (techniques, économiques…) de l’entreprise et connaissent bien sa philosophie, celle de la marque et celle du produit.
Les designers indépensants, ou d’agence, ont peu de contacts avec d’autre profils que les leurs et travaillent sur une grande variété de produits différents. Ils sont moins bridés dans leur création et apportent donc des idées nouvelles, sont davantage force de proposition.
En France, sur environ 12 000 designers, 1000 à 1500 seulement sont intégrés (le recours aux free lance évite aux entreprises d’avoir à gonfler leurs effectifs). Ce qui n’empêche pas les entreprises, sur certain produits, de faire appel en complément à des designers externes et de les faire travailler avec l’équipe intégrée.
Le designer : une responsabilité sociale
Contrairement à l’architecte, le designer n’est pas soumis à la garantie décennale. Cela rend d’autant plus importante cette prise de conscience de sa responsabilité éthique. Les écoles de design ont donc, entre autres, la vocation d’enseigner une attitude responsable, au service de l’homme. Le designer a une obligation d’anticipation, il doit penser le devenir de ses produits. Tout produit intervient sur l’environnement, consomme, pollue. Il est nécessaire de prendre en compte cette réalité en amont de la phase de conception.
Ne pas confondre design et…
Stylisme :
« la forme qui fait vendre ». Tandis que la pratique du design tient compte des relations entre structure, fonction et forme ; le stylisme se résume à « recarrosser », « relooker » l’objet pour le rendre plus attrayant. L’automobile est l’une des dernières industries où, comme dans la couture, on parle de stylisme. L’enjeu : trouver la forme qui fait vendre. Le terme de stylisme est né avec le prêt-à-porter.
Ergonomie :
Etude des conditions de travail dans une entreprise ainsi que des relations physiques entre homme et machine / ou produit, afin d’en améliorer la qualité. L’ergonome veille au confort de l’usager dans la manipulation de l’objet, à la position du corps par rapport à l’objet, au confort d’usage d’une interface. Ceci englobe le confort visuel. |
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Poissonnière Sambonet
En 1955, le designer italien Sambonet crée un plat à poisson embouti en inox, utilisant la technique de l’emboutissage sur caoutchouc

Fers à repasser
La recherche d’aérodynamisme dans le domaine automobile gagne les objets de la vie quotidienne. Fer à repasser en bakélite et acier chromé (années trente), et son descendant contemporain.
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